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Chronique économique – Ils jouaient à casser la banque

Chronique économique - Ils jouaient à casser la banque
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Le monde financier est en plein bouleversement depuis qu’une masse – des milliers, peut-être plus – de boursiers réunis sur un site communautaire spécialisé dans le genre se sont mis en tête de «faire sauter Wall Street» en faisant grimper le prix d’un «très action ordinaire, pour prendre le contre-pied des hedge funds qui spéculaient à l’automne sur ce titre d’entreprise au bord de la faillite (GameStop, chaîne américaine de magasins de jeux vidéo).

Ce type de vente à découvert (emprunter des titres qui sont vendus pour les racheter à bas prix) oblige en effet ceux qui s’y engagent à couvrir leurs positions au plus vite, afin de limiter au maximum. leurs pertes, ce qui fait grimper encore le titre en question. Dans ce cas précis, les actions de GameStop, qui s’étaient traînées pendant des années au sol et ne valaient qu’une poignée de dollars (3,03) à la mi-août 2019, ont grimpé en quelques jours au point de dépasser les 347 dollars de janvier. 27. Du coup, la capitalisation boursière de cette société qui ne valait pratiquement plus rien trouvée aux hauteurs stratosphériques: 24 milliards de dollars!

“Il y a beaucoup à réfléchir sur l’importance des mouvements de foule.”

La précipitation des petits investisseurs vers l’objectif visé suppose qu’un certain nombre de conditions sont remplies. Tout d’abord, l’existence d’une plateforme de ralliement dédiée à l’assaut fomenté. Ici, c’est sur Reddit (ou plus exactement sur le subreddit concerné, au nom révélateur de WallStreetBets) que nous avons éclos le coup, même si le fondateur dudit réseau jure ses dieux qu’il n’a jamais voulu autre chose que promouvoir l’échange de conseils entre passionnés de trading. Ensuite, la mise à disposition d’une application mobile de courtage en ligne, facile d’accès et sans frais, qui encourage évidemment le day trading et autres allers-retours boursiers contribuant à chahuter les chances. Le courtier utilisé ici porte le nom révélateur de Robinhood, séduisant les jeunes en général et surtout ceux désireux de se battre avec les investisseurs institutionnels qui «font» Wall Street et symbolisent le fossé grandissant entre riches et pauvres. Enfin et accessoirement, la perspective d’un gain facile à portée de clic, ce qui ne déplaît évidemment pas à ce même public.

Bien au-delà du simple soupçon de manipulation boursière que la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme américain de contrôle des marchés financiers, a rapidement nourri, bien plus que l’appréciation que l’on peut faire du rôle des hedge funds, néfaste selon certains, utiles selon d’autres, se pose la question de l’influence grandissante des réseaux sociaux qui, après avoir débarqué sur la scène politique (l’attentat du Capitole, le défi lancé au Kremlin par Navalny, mais aussi les foules de manifestants se moquant de l’autorité dans les rues de Minsk, Moscou ou Varsovie), s’attaquent désormais aux temples du capitalisme, avec une puissance et une instantanéité qui stupéfient les gardiens de l’ordre établi.

Ce n’est pas que les vues sur une société de second ordre par les amateurs de sensations fortes boursières ne risquent pas de secouer la finance. Sur des valeurs de premier ordre, leur feu focalisé n’aurait guère plus d’effet qu’une piqûre de moustique sur le dos d’un éléphant. Mais il y a, à la lumière du cas présent, de quoi réfléchir sur l’importance des mouvements de foule dans un monde traversé par des réseaux toujours plus nombreux et véhiculant les idées les plus folles.