Frédéric Potelle: «L’économie suisse est un miracle perpétuel»

Frédéric Potelle: «L'économie suisse est un miracle perpétuel»

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Crise du Covid-19, chute des cours du pétrole… Après une année 2020 très éprouvante, l’économie mondiale cherche toujours à repartir de l’avant alors que de potentielles nouvelles vagues laissent planer de nombreuses incertitudes. L’économie suisse, de son côté, ne dépasserait le niveau de 2019 qu’à la fin 2021. C’est en tout cas ce que suggère l’institut BAK qui a présenté en novembre plusieurs scénarios en fonction de l’évolution de la pandémie.

Quelles solutions pour relancer l’économie en 2021? Une nouvelle crise mondiale est-elle envisageable? Quid des cours du pétrole? Qu’impliqueront les plans de relance des gouvernements? La reprise est-elle assez verte? Quelles seront les meilleures stratégies d’investissement?…

Pour en discuter nous avons mobilisé Frédéric Potelle, directeur de la recherche de la banque Bordier & Cie à Genève. Il a répondu à vos questions lors d’une conférence vidéo animée par le journaliste du «Temps» Sébastien Ruche.

Le replay complet de la conférence est à revoir ci-dessus. Vous pouvez aussi lire plusieurs réponses de l’invité ci-dessous.

Peut-on parler d’une relance économique rapide à venir?

Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:10

On aborde l’année 2021 dans une perspective de reprise qu’on estimait très forte il y a encore plusieurs mois. Les grandes institutions internationales révisent tout cela à la baisse car il y a de fortes incertitudes face à l’avenir, notamment par rapport à l’éventualité de nouvelles vagues. J’observe aussi que l’économie a parfaitement bien redémarré en Chine, en l’absence de nouvelles vagues. On peut donc quand même être optimiste. Dans tous les cas, un nouveau cycle économique démarre.

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Que vous inspire la montée des extrêmes dans certains pays occidentaux et les récents événements aux Etats-Unis?

Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:16

Ce sujet retient toute notre attention depuis de nombreuses années. Il faut le dire, les classes moyennes et populaires se sont retrouvées être les grandes perdantes de la globalisation économique. On assiste à une forme de paupérisation qui est, à long terme, un enjeu pour le maintien de la démocratie. L’élection de Donald Trump en 2016, le vote sur le Brexit, l’explosion des partis traditionnels en France avec l’élection d’Emmanuel Macron… Tout cela, ce sont des manifestations d’un même monde, les racines sont les mêmes.

L’invasion du Capitole aux Etats-Unis est un peu le summum de cette crise, mais celle-ci vient de très loin. L’enjeu des grandes démocraties occidentales va être de gérer cette crise sociale profonde. On pourrait potentiellement assister à une relocalisation de la partie industrielle. Les lacunes ont été très criantes ces derniers mois, notamment sur la question des masques. La capacité de production était totalement inexistante en dehors de l’Asie.

Les cryptomonnaies, faut-il investir dedans? Quid du bitcoin?

Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:29

Dans une banque traditionnelle comme la nôtre, les cryptomonnaies ne sont pas des investissements classiques. Nos clients peuvent le faire, mais sur la question de  l’investissement, c’est une autre question. Je suis d’ailleurs réticent à appeler cela des cryptomonnaies. Une monnaie doit être liée à un Etat, faire l’objet d’une régulation des taux d’intérêt, refléter une économie… Elles ne répondent pas à cette définition. Sur le bitcoin, la vraie réalité est simple: personne ne peut répondre à la question de savoir si ça va monter ou descendre dans les prochains mois. C’est un objet purement spéculatif. Sur quoi ça repose? Qui est derrière? On n’en sait rien. 

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Sur quoi investir aujourd’hui?

Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:38

La première chose est d’éviter les secteurs où les objets vont être les grands perdants de cette crise. Pour moi, il faut trouver les acteurs qui vont bénéficier de la transition écologique. Ce sujet est plus que fondamental. Pour nous, il va totalement façonner l’économie dans les prochaines années. L’Accord de Paris et les derniers rapports du GIEC sont très clairs. Au-delà d’un réchauffement de deux degrés à la surface de notre planète, nous aurons des conséquences irréversibles et incontrôlables. Avec donc un risque de généralisation des conflits.

Les grands pays, dont la Chine, font des annonces et prennent des engagements pour aboutir à des émissions zéro aux environs de 2050. On parle quand même de trilliards de dollars d’investissement… Il faut détecter les entreprises qui auront un impact positif dans une optique de réduction des émissions de CO2. Ces entreprises auront un flux de business augmentant, et d’ailleurs plus important que ce que l’on peut croire. C’est celles-ci qu’il faut acheter aujourd’hui.

Les laboratoires seront-ils les grands gagnants de la crise?

Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:57

Ce n’est pas si simple. Ils ne seront pas gagnants en 2021 car l’OMS a déclaré l’état de pandémie, une pratique séculaire qui veut que les vaccins soient vendus à prix coûtant. Il est donc faux de penser que les laboratoires vont faire des énormes bénéfices sur les doses de vaccin en 2021.

Il y a par contre de grands perdants. Français, je suis consterné de voir un grand groupe comme Sanofi, au pays de Pasteur, qui n’a aujourd’hui aucun vaccin en phase 3. Cela fait quand même tache…

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Réponse donnée par Frédéric Potelle (Bordier & Cie, Genève) à 17:57

L’économie suisse est pour moi un miracle perpétuel. Je parle en tant que banquier et en tant qu’observatoire externe, car je suis Français. Je la regarde avec des étoiles dans les yeux. On a vu en 2015 le coup de massue de la BNS, la crise Covid-19 récemment… L’économie suisse s’est toujours adaptée.

Le recul du PIB sera de 3% dans le pays, alors qu’en Europe il sera plutôt de 9%, le tout avec un même résultat sanitaire. C’est absolument spectaculaire et l’Europe va encore prendre du retard par rapport à la Suisse. Cela tient à la stabilité politique du pays, aux conditions-cadres de fonctionnement de l’économie, à la qualité exceptionnelle du système éducatif classique, à l’excellence de ses universités. C’est aussi lié au niveau de l’apprentissage en Suisse qui est exceptionnel. On ajoute la fiscalité, le niveau de la dette… Tout cela rend l’ensemble extrêmement solide. L’année 2020 est une nouvelle démonstration éclatante de la puissance helvétique.

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